vendredi 23 décembre 2005

Film: Vengeance de Munich

Munich (poster)
Opinion ★★
Inspiré par les événements tragiques de la prise d'otages israéliens de 1972 aux jeux olympiques de Munich, le dernier film de Steven Spielberg propose de relater les actions de vengeance entreprises par les services d'espionnage israéliens après la mort de onze de leurs compatriotes lors de cette attaque terroriste.

Spielberg nous met rapidement en contexte, en commençant le film par la prise d'otages au village olympique, et surtout en nous montrant à quel point le monde entier était suspendu à la télévision pour connaître le sort des otages, malheureusement tragique. S'en suit une décision politique dans le cabinet israélien, dont la première ministre israélienne de l'époque, Golda Meir, a ordonné la mise en place d'une mission clandestine de liquidation des palestiniens impliqués de près ou de loin dans l'organisation de l'attentat. C'est Eric Bana (Troy, Hulk...) qui joue le rôl e d'Avner, leader de la mission.

Munich - Eric Bana & Jeffrey Rush
Le génie de Spielberg ne se dément pas pour une énième fois, dans une de ses œuvres les plus sombres et les plus réussies. Contrairement à d'autres réalisateurs qui auraient mis l'accent sur l'action, Spielberg aborde l'Histoire, à travers ceux qui la font, parfois malgré eux, et qui au fond ne sont que des gens comme les autres, avec leurs doutes et leurs certitudes. D'ailleurs une des scènes que j'ai trouvées mémorable est celle surréaliste d'un militant de l'OLP qui discute du conflit israélo-palestinien avec Avner, qui se présente comme un militant de l'extrême-gauche allemande. C'est là qu'on commence à sentir les doutes d'Avner sur les enjeux de la situation au moyen-orient, de sa mission, et combien même les européens et américains pensent réellement au bien des israéliens?

J'ai l'impression que cette région ne connaîtra la paix que lorsque les interventions étrangères cesseront de radicaliser le climat, et ce qu'elles soient iranienne, syrienne, américaine, ou de sionistes bien au chaud en Europe et à New York.

En somme, j'ai été agréablement surpris par la profondeur du scénario, car celui-ci pose une question cruciale pour une démocratie: jusqu'où peut-on aller dans la protection d'un pays sans compromettre les principes de liberté, présomption d'innocence qui constituent la base de cette même démocratie. Trent trois ans après Munich, la question reste d'actualité dans le monde de l'après 11 septembre 2001, où nous assistons depuis quelques années à des compromissions douteuses des démocraties occidentales dans une paranoïa qui a l'air de vouloir éliminer tout esprit critique concernant les questions internationales.

Le film pose également des questions controversées: y a-t-il eu des manœuvres de la police allemande qui auraient provoqué la tuerie? Est-ce que la mission israélienne de liquidation n'a pas servi pour faire du nettoyage politique dans les rangs palestiniens de l'époque, et résulté dans une radicalisation? Quel est le degré de compromission des puissances occidentales avec des organisations terroristes?

Vous l'avez compris, j'ai adoré et recommande vivement le film aussi bien pour sa cinématographie que pour son contenu.

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