samedi 29 décembre 2012

Hollande à Alger: Changement de Ton

Quelques jours après mon arrivée à Paris, la visite de François Hollande en Algérie pointait du nez, et je trouvais assez intéressants les commentaires dans les médias français de plusieurs personnalités publiques et de journalistes, qui m'a inspiré à une petite réflexion personnelle sur le sujet des relations franco-algériennes et le débat sur le travail de mémoire de la France coloniale.

Hollande, l'équilibriste
Ma première réflexion va vers le talent de François Hollande, qui pris entre les perceptions des deux cotés de la Méditerranée, a bien su manœuvrer et choisir des mots pour qualifier le passé entre les deux nations; des mots qui ont l'air d'avoir satisfait le régime algérien sans fâcher en France. Même si ce ne fût pas une révolution dans la position officielle française sur la colonisation, il s'agit quand même d'un changement de ton venu du premier des Français sur le côté le plus obscur et répréhensible de l'Histoire de la République Française. Bien différents des commentaires de son prédécesseur, Nicolas Sarkozy et de ses acolytes à Droite qui sans honte, avaient tenté de faire voter un article de loi à l'Assemblée Nationale vantant les "effets positifs de la colonisation" le 23 fevrier 2005. (article sur Wikipédia).

François Hollande & Bouteflika (Alger, Déc. 2012)
François Hollande & Bouteflika (Alger, Déc. 2012) *
Un agresseur, La France, Un agressé, L'Algérie
Etant à Paris en vacances, j'ai eu l'occasion de mesurer l'impact de cette visite dans les milieux médiatique et politique français. Ce qui m'ai fait pensé qu'il s'agit très probablement plus d'une distorsion de la réalité de l'importance de cette visite dans l'opinion publique française, surtout à la veille de Noël, dans un cadre économique moribond, les gens ont vraiment d'autres soucis en tête.

Cependant, j'ai trouvé choquante la position générale des intervenants dans les médias français qui tend à mettre la France et l'Algérie sur un pied d'égalité quand il s'agit de l'histoire coloniale. C'est simplement dégoûtant et malhonnête.

Soyons clairs: il y a une nation, la France, qui pour des raisons socio-économiques internes en 1830 a décidé d'envahir de la plus barbare des manières une autre nation souveraine, l'Algérie, sans aucune raison que le pur impérialisme. Une colonisation de 132 ans s'en est suivi qui a vu des millions d'algériens asservi et relégués au statut d'esclaves de fait au service d'une minorité française (dite "européenne" à l'époque) qui a pillé les richesses du pays, et a même utilisé des algériens comme des cobayes durant les premiers essais de bombes atomiques au début des années 1960. Donc il y a un agresseur et un agressé. Le déni collectif français ne changera rien à cette réalité.

J'ai de la compassion pour toutes les victimes civiles, qu'elles soient algériennes ou françaises, mais je ne puis honnêtement ignorer qui a engendré ce drame historique: la France.

La conscience collective française a toujours eu du mal à affronter ses erreurs historiques, par simple arrogance, aveuglement ou par peur de demandes de réparation économique, qu'il s'agisse de la déportation des juifs pendant la seconde guerre mondiale, ou son histoire coloniale.

Tant qu'un travail de mémoire honnête ne se fera pas dans ce pays, il ne faut pas s'attendre à de la sympathie  des autres pays et des relations futures apaisées avec les victimes du colonialisme français du passé.

Pour toute personne qui doute encore de la sauvagerie française en Algérie dès les premières années de la colonisation en 1830, bien avant la guerre d'indépendance algérienne en 1954, une lecture intéressante qui donne un aperçu des massacres perpétrés et relatés par des soldats français:
http://www.ism-france.org/analyses/Le-passe-genocidaire-de-la-France-en-Algerie-article-16433

Un extrait de l'article qui laisse songeur:
« Dans la nuit du 6 au 7 avril 1832, la tribu des Ouffia fut exterminée près d’El-Harrach (Maison-Carrée) par le gouvernement du duc de Rovigo. A ce moment, Pellissier de Reynaud affirmait : « Tout ce qui vivait fut voué à la mort ; tout ce qui pouvait être pris fut enlevé, on ne fit aucune distinction d'âge ni de sexe. Cependant l'humanité d'un petit nombre d'officiers sauva quelques femmes et quelques enfants. En revenant de cette funeste expédition, plusieurs de nos cavaliers portaient des têtes au bout de leurs lances et une d'elles servie, dit-on, à un horrible festin. »**


*Photos de la visite à Alger à partir d'un l'article de ParisMatch.com
**  Julien Charles-André, Histoire de l'Algérie contemporaine. La conquête et les débuts de la colonisation (1827-1871), Paris, P.U.F, 2 édition, 1979, page 92. Cf. Sellam Sadek, « Conquête de l’Algérie : crimes de guerre et crimes contre l’humanité », in. Parler des camps, penser les génocides, Paris, Albin Michel, 1999

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